
Nafsi levvame
Nafsi levvame, souvent traduit par « l’âme qui se blâme », représente le deuxième degré du nafs. C’est l’état dans lequel se trouve la majorité des croyants, toutes religions confondues.
C’est le stade de la remise en question. L’individu reconnaît ses erreurs, s’en désole et nourrit le désir sincère de s’améliorer, de se rapprocher de son Seigneur et d’approfondir sa pratique religieuse. Il regrette ses fautes, aspire à être plus assidu, et lutte contre les écarts qui l’éloignent du droit chemin.
Cependant, réduire Nafsi levvame à ce seul mouvement de culpabilité constructive serait incomplet. En réalité, plusieurs formes de Nafsi levvame coexistent.
Le Nafsi levvame qui tend vers Emmare
Ce premier type concerne le croyant qui oscille sans cesse entre bonnes résolutions et rechutes. Il se repent régulièrement, se promet de changer, mais finit toujours par retomber dans ses habitudes nocives. Son intention est bonne, mais sa volonté manque de constance. Ce va-et-vient entre repentance et retour au péché révèle une âme encore proche de Nafsi emmare (l’âme incitatrice au mal).
Le Nafsi levvame accompli
Ici, le croyant pratique scrupuleusement les préceptes religieux et s’efforce d’éviter les péchés évidents. Toutefois, sa compréhension du péché reste limitée aux fautes manifestes. Il n'entre pas encore dans un véritable travail intérieur sur son ego, ses attachements et ses mémoires toxiques.
On peut prendre l’exemple du musulman qui veille soigneusement à consommer halal, mais ne voit aucun problème à nourrir de la jalousie envers autrui.
Nafsi levvame, à ce stade, correspond à la foi simple : on croit en Dieu, mais le cœur n’est pas encore suffisamment purifié pour ressentir Sa présence ou Son amour. Il existe néanmoins plusieurs sous-degrés à l’intérieur de ce niveau : plus l’individu progresse, plus il développe une introspection réelle et commence à percevoir doucement le divin en lui.
Il faut aussi rappeler que Nafsi levvame, comme tout autre degré du nafs, demeure faillible. Ce qui le distingue de Nafsi emmare, c’est précisément cette capacité à reconnaître ses écarts et à se remettre en question.
Le Nafsi levvame qui tend vers Mulhime
Cette catégorie regroupe principalement les croyants attirés par les voies spirituelles. Ici, l’aspirant commence à pressentir une dimension plus subtile de son être. Il peut ressentir l’amour divin et réalise progressivement qu’il n’est pas seulement corps et matière, mais également esprit.
C’est pourquoi il s’intéresse aux pratiques méditatives, au travail intérieur, et vit souvent des rêves porteurs de sens. Cependant, il peine à demeurer durablement au niveau de Nafsi mulhime. Il oscille entre des moments d’éveil profond et des périodes de vide intérieur.
Le principal obstacle est le manque de conscience de ses propres défauts : tant que l’ego reste opaque, la connexion au divin intérieur ne peut être stable. C’est pourquoi, à ce stade, l’accompagnement d’un Cheikh solide est précieux pour aider l’aspirant à franchir définitivement le seuil vers Nafsi mulhime.